[RÉFLÉXIONS] La végétalisation des villes

Aujourd’hui, une personne sur deux vit en ville à travers le monde. En Europe, cette statistique est encore plus élevée. Autrement dit, une grande partie des humains vit dans un désert minéral morne et gris. Mais plus pour longtemps. Alors que l’exode rural et l’urbanisation ont petit a petit coupé l’humain de la nature, celui-ci prend aujourd’hui conscience de l’importance de renouer ce lien précieux.

Les canicules à répétition ont été comme un ultimatum pour les citadins et les municipalités. Avec cette nouvelle explosion du thermomètre, une chose est désormais certaine : les villes doivent impérativement évoluer pour devenir plus résilientes, plus vivables et plus résistantes aux aléas climatiques. Heureusement, une révolution urbaine est en cours. La ville du futur sera écologique et végétalisée ou ne sera pas. Zoom sur ce mouvement et les leviers pour l’intensifier à notre niveau.

Source : Vegetal City

Pourquoi végétaliser les villes ?

Pour notre bien-être et notre santé

S’il y a bien une affirmation avec laquelle on est presque tous et toutes d’accord, c’est qu’on se sent bien lorsqu’on est au contact de la nature (océan, montagne, lac, campagne, rivière, parc, etc.). Et pour cause : la verdure, c’est bon pour le moral ! Selon de nombreuses études, passer du temps dans la nature permet de réduire le stress et l’anxiété, mais aussi de booster la créativité et le sentiment d’être heureux.

Étonnant ? Pas vraiment. Quand on sait que notre environnement naturel depuis des milliers d’années est plus proche d’une forêt que d’une ville bétonnée. C’est peut-être pour ça qu’on a toujours trouvé évident le fait de mettre des plantes chez soi, dans son bureau, ou encore de vouloir un jardin. Aujourd’hui, il est temps de passer au niveau supérieur et de planter nos villes !

Pour rendre les canicules supportables

Les villes sont de véritables îlots de chaleur urbains, c’est-à-dire des zones urbanisées dans lesquelles les températures sont plus élevées que dans les secteurs environnants. On s’en rend assez facilement compte quand, les jours de forte chaleur, on sort de la ville ou qu’on traverse un grand parc : il y fait toujours un peu plus frais.

« En effet, des observations ont démontré que les températures des centres urbains sont en moyenne supérieur de 4°C et peuvent atteindre jusqu’à 12 °C de plus que les régions limitrophes. »

Rapport de l’ADEME
Illustration de l’îlot de chaleur urbain. Source : O2d Environnement

Une des causes de ce phénomène est la densification des villes au détriment des espaces naturels et de la végétation. Non seulement les plantes se font rares, mais les sols naturels sont remplacés par des matériaux imperméables et qui retiennent la chaleur. Pourtant, les végétaux ont un rôle essentiel dans la protection contre la chaleur. D’une part grâce à l’ombre qu’ils fournissent, d’autre part grâce au phénomène d’évapotranspiration. Et oui, les plantes transpirent ! Elles dégagent de la vapeur d’eau qui rafraîchit l’air ambiant, une aubaine en période de canicule.

Comparaison d’une zone rurale et urbaine. Source : By beton

Pour la biodiversité

La première victime de l’étalement urbain (le fait que les villes s’agrandissent), c’est la biodiversité. Le béton empêche la flore de se développer et l’habitat de la faune sauvage se réduit comme peau de chagrin. En multipliant la végétation au sein des villes, celles-ci pourraient à un grand nombre d’espèces, indispensable au bon fonctionnement des écosystèmes, de se développer au milieu des immeubles.

Pour cela, il les villes doivent notamment travailler à l’élaboration de corridors écologiques. Il s’agit de parcelles végétalisées (parc et micro-végétalisation) qui se touchent ou sont proches de façon à permettre à la faune de se déplacer en ville. Ces corridors écologiques, aussi appelés « Trames Vertes Urbaines« , sont des genres d’autoroutes à animaux qui permettent de faire la jonction ville-campagne.

Une trame verte avec ses noyaux primaires et secondaires de biodiversité et ses corridors. Cette trame est située dans une matrice (= un lieu) peu ou pas optimale pour les espèces. Source : Cybergeo

Pour améliorer la qualité de l’air

Franchement, qui a envie de se balader à vélo ou de marcher des kilomètres au milieu du béton, des voitures et des tours d’immeuble ? En revanche, au milieu des fleurs et de la verdure, ça devient plus intéressant ! Végétaliser les villes, c’est donc valoriser l’usage des déplacements doux (vélo, marche) au quotidien. Et qui dit plus de déplacement doux dit moins de véhicules à moteur et donc moins de pollution de l’air.

Ce n’est pas tout, puisque certains végétaux ont également un rôle dépolluant. Les effets sont limités et encore mal connus au niveau d’une ville entière…mais ça vaut le coup d’essayer, non ?

Comment végétaliser sa ville ?

Version légale, avec le permis de végétaliser

En France, les premiers permis de végétaliser ont vu le jour à Paris, en 2015. Depuis, ils fleurissent dans de nombreuses villes. Le principe est presque toujours le même, il faut d’abord demander une autorisation à la ville, puis signer une charte sans laquelle on s’engage à cultiver sans pesticides, à planter des espèces locales et à entretenir notre lopin de terre. Avis aux jardinier•ères de tour niveaux et aux amoureux•ses de la nature, vous trouverez ci-dessous la liste (non-exhaustive) des villes disposants d’un permis de végétaliser ainsi que les liens des dossiers de demande. 

Paris

Ce permis de végétaliser vous permet de cultiver un parterre, d’installer des jardinières sur le trottoir, de faire grimper les plantes le long d’un mur ou encore d’aménager le pied d’un arbre. Pour obtenir votre permis, direction ce formulaire. Plus d’infos et de photos de projets réalisés sur le site végétalisons Paris.

Quelques exemples de ce qui a été réalisé dans le cadre d’un permis de végétaliser :

Bordeaux

Toutes les informations sont disponible sur ce site. Concrètement, il suffit de remplir un simple formulaire pour que la ville de Bordeaux vienne creuser un petit trou (15cm de diamètre, 20cm de profondeur) devant chez vous, à même le trottoir. La ville fournit également le terreau ainsi premier plant ou semis. Vous pouvez le choisir votre plante parmi cette liste. Vous pouvez également parcourir ce guide de végétalisation des rues de Bordeaux qui contient de précieuses informations (espèces faciles à planter, présentation flore locale et de ses caractéristiques, végétaux non autorisés).

Montpellier

Il faut remplir une demande sur ce site (via un formulaire). Le permis concerne soit le micro-fleurissement (un trou dans le trottoir pour y mettre une plante grimpante parmi celles proposées sur le site, comme à Bordeaux), soit un bac fournit par la ville rempli de terreau, soit le pied d’un arbre. Vous trouverez plus d’informations dans cet article.

Strasbourg

Rendez-vous sur le site Strasbourg ça pousse pour choisir votre projet (pied d’arbre, trottoir ou façade) et faire la demande via un formulaire. Ce même site regorge d’ailleurs d’information pour jardiner en ville. Vous y trouverez également une carte regroupant les différents espaces végétalisés de Strabourg.

Version illégale, avec la Green Guerilla

Vous n’aimez pas les démarches l’administratives, n’avez pas envie d’attendre pour pouvoir passer à l’action et avez l’âme d’un·e guerillero ? Alors laissez tomber les demandes de permis et venez immédiatement grossir les rend de la Green Guerilla (ou guerilla gardening).

The Flower Thrower de Banksy

« Le Guerrilla Gardening (guerilla jardinière/potagère en français), désigne un mouvement de réappropriation d’espaces délaissés au profit d’une émergence végétale quelle qu’elle soit. »

Guerilla Gardening France

Le mouvement naît aux États-Unis, dans les années 1970. À New-York, de nombreux immeubles abandonnés sont détruits par la ville. Des habitants se battent alors contre la municipalité pour obtenir le droite de jardiner sur ces vastes terrains abandonnés. Depuis les année 2000, la Green Guerilla connait un second souffle en Europe grâce au Londonien Richards Reynolds. En manque d’espaces verts, celui-ci s’est mis à les créer tout seul et à en parler sur son blog jusqu’à fédérer une grande communauté de Green Guérilleros. D’autres figures ont rendu ce mouvement célèbre, comme le « Gangsta Gardener » Ron Finley.

Faire la révolution avec des fleurs

Vous avez peur de passer à l’action ? C’est vrai que, théoriquement, c’est illégal. Mais qui irait arrêter quelqu’un qui a planté des fleurs au pied d’un arbre franchement ? La Guérilla Gardening est avant tout un acte symbolique. C’est une manière de se réapproprier l’espace public, de reconnecter avec la nature, de faire naître la réflexion sur nos modes de vie, etc.

Et surtout, la Green Guérilla est une action qui se veut résolument joyeux et conviviale. Non seulement c’est plus amusant et efficace à plusieurs, mais en plus ça permet de limiter les risques de se faire embêter pendant l’acte de végétalisation.

Bombes de graines (seed bomb)

C’est l’emblème de la guerilla gardening, même si ça n’est pas la meilleure solution pour végétaliser massivement les villes. Il s’agit d’une petite boule composée de terre et de graines qui est à la fois fertile, résistante et pratique à transporter. C’est l’outil parfait pour végétaliser une zone inaccessible, puisqu’il suffit de la lancer. C’est aussi une bonne manière de végétaliser les interstices et autres fissures sur les trottoirs.

Recette d’une bombe de graine :

  • 1/3 d’argile naturelle (magasins de loisir créatif)
  • 2/3 de compost ou terreau
  • Quelques graines

Formez une boule, faire un trou à l’aide de vos doigts et mettez une à trois graine(s) (pas plus) à l’intérieur. Refermez et le tour est joué !

Guerilla Green : guide de survie végétale en milieu urbain

Ce titre est celui d’une BD réalisée par le dessinateur Cookie Kalkair et la youtubeuse Ophélie Damblé (aka Ta Mère Nature). Elle est le fruit d’un long travail de vulgarisation au sujet de la Green Guerilla diffusé à la fois sur Instagram et sur YouTube. Leur objectif à travers ce projet ? Rendre la Green Guérilla simple et ludique tout en ouvrant des réflexions sur notre façon d’aborder les villes, le lien ville-nature, l’occupation de l’espace public, la biodiversité, l’accès à l’alimentation ou encore l’agriculture urbaine.

« Il faut arrêter de demander la permission pour faire pousser des choses »

Cookie Kalkair et Ophélie Damblé à MrMondialisation

Rendez-vous sur le compte Instagram de Cookie Kalkair…

…et sur la chaîne YouTube d’Ophélie !

Quelques conseils pratiques

On plante où ?

Près de chez soi ou dans un lieu devant lequel on passe régulièrement (pour aller au boulot ou rendre visite à quelqu’un), histoire de pouvoir l’entretenir facilement sur le long terme. Prenez soin de choisir un endroit qui ne dérange pas la circulation des voitures, vélos et/ou piétons. En bonus, essayez d’opter pour un lieu qui ait de la visibilité. Histoire que votre action soit visible, profite à un maximum de gens et encourage d’autres personnes à faire de même.

Et au départ, on évite de s’enflammer sur une friche de 3 hectares. Commencer petit permet de s’entraîner, de voir là où ça coince, comment ça marche, etc. Si ce premier test est un succès, vous pourrez passer à l’étape supérieure sereinement !

En résumé, on plante dans un endroit :

  • Où on passe souvent
  • Qui ne gène pas les autres usagers de la ville
  • Avec de la visibilité

Qu’est-ce qu’on plante ?

Il est primordial de choisir des plantes locales (qu’on appelle aussi « indigènes »). Non seulement parce qu’elles sont adaptées au climat et au sol d’un endroit géographique précis, mais surtout parce qu’elles ne risquent pas de détruire ou rentrer en concurrence avec les autres plantes du coin. Ce serait quand même dommage de détruire la biodiversité de chez nous en voulant faire l’inverse, non ? Si on n’a pas de BAC+5 en botanique, pas de panique : on passe un peu de temps sur Internet, on fouille sur le site de sa mairie ou on file se renseigner dans un magasin de jardinage. Idéalement, on choisira des plantes robustes, c’est-à-dire qui nécessitent peu de soin (peu d’arrosage, notamment). Et parce que c’est plus chouette, on peut favoriser les plantes esthétiques et/ou très colorées pour trancher avec le gris de la ville.

En résumé on choisira des plantes :

  • Du coin
  • Robustes
  • Esthétiques et/ colorées (facultatif)

Où est-ce qu’on trouve des plantes ?

On trouve aujourd’hui facilement des graines et des plantes dans les magasins alimentaires et les jardineries. Pour les plus militant·e·s et enagé·e·s d’entre vous (ou juste celles et ceux qui veulent faire une bonne action supplémentaire pour l’environnement), allez plutôt jeter un oeil du côté de Kokopelli. Il s’agit d’une association qui vend des « graines résistantes » et autres végétaux anciens qui n’appartiennent pas à des multinationales.

Mais il existe aussi plein de manière d’obtenir des plantes gratuitement :

  • Récupérer des plantes dans les mairies, qui retirent souvent leurs plantes d’une année sur l’autre, avant qu’elles les jettent. Pareil pour les pépinières ou chez les fleuristes.
  • Récupérer des graines de vos fruits et légumes.
  • Échanger des graines avec ses proches ou via ce site.
  • Bouturer des plantes.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur ce lien pour télécharger les zines « Comment avoir des plantes gratuites chez soi ? » de plantplantzineplant.

Source : Plantplantzineplant

Comment on plante ?

Dans des pots ou des jardinières

C’est de loin la solution la plus simple pour végétaliser absolument où vous voulez en ville ! Pas la peine de vous ruiner concernant les pots, puisqu’il est possible d’en trouver à des sommes dérisoires en brocante ou sur des sites de ventes entre particuliers. Vous pouvez aussi détourner des objets du quotidien (chaussures, boites de conserves, caisse de vin, etc.). Enfin, il existe l’option « bricolage » avec ce tuto pour fabriquer des jardinières à base de palettes.

Source : La Sauge

Au pied des arbres

C’est un des meilleurs spots pour végétaliser de manière plus importante, tout en restant relativement simple et très visible. Le sol au pied d’un arbre est rarement idéal pour planter. Vous devrez donc sûrement rajouter de la terre, voire même de la terre mélangée à du compost afin d’avoir un sol riche. Idéalement, il faudra détourer la zone à l’aide de planches (voici un tuto). C’est le plus pratique pour contenir la terre vous vous aurez apporté et le mieux pour protéger votre espace végétalisé.

Source : La Sauge

Sur les poteaux

Avis aux amateurs et amatrices de défis : il est aussi envisageable de végétaliser les poteaux, barrières, lampadaires, etc. Ça demande un peu plus d’imagination et de bricolage en amont, mais le résultat peut-être très chouette !

Source : Victoria_h

Si vous n’êtes pas trop travaux manuels et récup’, il y a la solution toute faite vendue par l’entreprise Nature Plot.

Source : Nature Plot

Partout ailleurs

Mur, mobilier urbain, fissures de trottoirs…la seule limite à la Guérilla Gardening, c’est votre imagination ! Végétaliser la ville est un acte militant, mais c’est aussi un art. Alors laissez votre âme d’artiste s’exprimer et faites entrer la verdure et la poésie dans votre ville.

Source : Inhabitat

Sources et liens pour aller plus loin :


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