[RÉFLÉXIONS] La pollution plastique (2) : leviers d’action

Dans un article précédent, on décortiquait les causes et problèmes de la pollution plastique. Avant d’attaquer les leviers d’action pour contrer ce fléau, voici un bref résumé des faits :

  • La production de plastique ne cesse de croître dans le monde. Elle devrait tripler d’ici 2050.
  • La moitié du plastique sert à faire des emballages et se transforme en déchet peu de temps après son utilisation.
  • Une grande partie du plastique qu’on produit n’est pas recyclable (nous n’avons pas la technologie, les filières ne sont pas assez développé, le recyclage n’est souvent pas rentable).
  • Le plastique ne disparaît jamais, il devient du microplastique et a des effets néfastes sur l’environnement et sur notre santé.

Cet article est principalement basé sur deux rapports récents :

Les deux rapports sont unanimes concernant quelques points. Tout d’abord, sur le fait que le plastique n’est pas une mauvaise chose en soi. Le problème vient de ce que les industriels et les gouvernements en ont fait : un objet jetable, souvent à usage unique et qui coûte plus cher à recycler qu’à produire. Les deux rapports exposent donc des solutions pour un monde sans pollution plastique, et non sans plastique tout court.

Face à ce fléau, WWF et l’ONU affirment que la solution est forcément globale et systémique. Autrement dit, des actions doivent être menée à toutes les échelles et à tous les niveaux de la chaîne de valeur du plastique. Voyons quelles sont ces différentes échelles et les mesures qu’il faudrait prendre pour lutter contre la pollution plastique.

Les gouvernements

Ce qui a été fait

À travers les lois qu’ils votent, les gouvernements ont le pouvoir d’agir sur la pollution plastique à une échelle importante, celle d’un pays. Aujourd’hui, plus de 60 pays ont adopté des politiques de réduction de la pollution plastique. Les mesures prises par les gouvernements peuvent se classer dans 4 catégories d’actions :

  • Les taxes sur les consommateurs. C’est notamment le cas pour les sacs plastiques en Irlande.
  • Les accords volontaires, comme en Autriche où les grands distributeurs ont accepté de ne plus fournir de sacs plastiques gratuits à leurs clients.
  • Les interdictions totales, comme par exemple au Rwanda où le gouvernement a interdit la production, l’utilisation, la vente et l’importation des sacs plastiques.
  • Un mélange d’interdiction et de taxes, comme en Afrique du Sud où les sacs plastique inférieurs à une certaines épaisseurs sont interdit tandis que les détaillants qui vendent des sacs sont taxés.
Les sacs plastique sont déjà interdits dans plus d’une dizaine de pays (Source : Le Monde)

Ces actions fonctionnent-elles ? Dans 50% des cas, on manque encore de recul pour le savoir. Pour le reste, 30% des pays ont enregistré des réductions conséquentes de la consommation des sacs plastiques, les 20% restants n’ont pas vu beaucoup de changements. ONU Environnement montre en effet qu’il y a encore beaucoup de difficultés à surmonter : le manque d’application des mesures, le manque d’alternatives abordables ou encore la contrebande.

Les deux rapports affirment qu’il faut s’appuyer sur ces initiatives existantes et les renforcer. Pour améliorer les résultats de ces décisions, ONU Environnement a donc élaboré une feuille de route pour les gouvernements (disponible page 7 du rapport). En résumé, il s’agit d’adapter les mesures en fonction de la situation du pays, de cibler les plastiques à usage unique, d’inciter financièrement les industries, de sensibiliser la population et de faire en sorte que les mesures soient effectivement appliquées.

Côté bonne nouvelle, notons que les produits en plastique à usage unique (assiettes, coton-tige, pailles, couverts, touillettes, etc.) seront bannis de l’Union européenne début 2021 au plus tard. Cette directive européenne fixe également des objectifs : 90% des bouteilles collectées et 30% de contenu recyclé dans les bouteilles d’ici 2030.

Ce qu’on pourrait faire à l’avenir

Le rapport du WWF propose plusieurs actions aux gouvernements ainsi qu’un plan d’action pour 2030 intitulé « zéro plastique dans la nature ». Voici une sélection des mesures suggérées :

  • Mettre en place un traité national juridiquement contraignant pour empêcher la pollution plastique de finir dans les océans.
  • Favoriser le réemploi ainsi que la création et l’utilisation de plastiques recyclés plutôt que de plastiques vierges.
  • Inciter la recherche d’alternatives viables au plastique.
  • Investir dans des systèmes de gestion des déchets respectueux de l’environnement dans leur pays, mais aussi dans les pays où leurs déchets sont exportés pour être éliminés (notamment en Asie du Sud, comme évoqué dans cet article).
Solutions systémiques pour un scénario « zéro plastique dans la nature » d’ici 2030 (Source : WWF)

Enfin, pour réduire cette pollution plastique, les gouvernements doivent favoriser un modèle circulaire où le plastique ne serait plus considéré comme un déchet, mais comme une ressource. Les modèles circulaires, plein de bon sens, sont en effet inspiré des cycles de la nature où tout « déchet » d’un être vivant est une ressource pour un autre.

Schéma de rappel sur l’économie circulaire (Source : Institut Montaigne)

Les entreprises

Quand on connaît la fragilité de notre modèle de recyclage, on comprend rapidement que l’un des principaux leviers d’action pour réduire la pollution plastique, c’est d’en produire moins. Pour illustrer, recycler sans diminuer la production de plastique équivaudrait à éponger le sol de notre salle de bain pour empêcher l’inondation alors que le robinet de la baignoire est ouvert au maximum.

Campagne Break Free From Plastic

« Nos systèmes de fabrication, de distribution, de consommation et de commerce du plastique – c’est à dire notre économie mondiale – doivent changer. Le modèle linéaire de l’obsolescence planifiée, selon lequel les objets sont conçus pour être jetés immédiatement après usage, parfois après quelques secondes seulement, doit prendre fin. »

L’état des plastiques – ONU Environnement

Les entreprises ont de nombreuses cartes en main. Voilà ce qu’elles devraient faire dans l’avenir pour s’emparer du problème de la pollution plastique (plutôt que renvoyer la balle au consommateur en le culpabilisant) :

  • Réduire le plastique excessif et inutile. Il est notamment urgent d’arrêter le suremballage, ces couches d’emballages totalement absurdes qui recouvrent des produits comme le dentifrice (qui est mis dans un tube, puis dans une boîte en carte, cette boîte étant recouverte d’un film plastique).
  • S’engager à utiliser des plastiques recyclés et/ou des alternatives durables au plastique.
  • Ré-orienter leurs services de recherche et développement pour innover en terme de d’emballage et rechercher des alternatives durables.
  • Soutenir l’élaboration de lois et de bonnes pratiques en terme de plastique…plutôt que faire du lobbyisme contre les mesures environnementales comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui. Pour celles et ceux qui se demandent, le lobby européen du plastique est Plastics Europe (facile).
  • Encourager l’upcycling, la pratique qui consiste à trouver une autre utilisation des plastiques lors de leur fin de vie.
  • Favoriser la slow-fashion pour limiter le micro-plastique lié au textile. Les entreprises doivent faire moins de collections dans l’année (comme c’était le cas avant) et favoriser la longévité des produits, la réparation et la réduction des déchets textiles.
PLA (Polylactic Acid) : matière plastique d’origine végétale, issue de l’amidon de maïs

Bonus :

On voit bien que ces engagements sont complémentaires de ceux qui doivent être pris par les gouvernements et que l’intégralité de ces actions doit être menée en parallèle. C’est pour cela qu’il est répété que la solution à la pollution plastique est plurielle, mais surtout globale et systémique.

Le grand public

Le dernier levier pour endiguer la pollution plastique massive, ce sont les individus. Nous. La force de ces individus, c’est de faire masse, d’être des milliers, des millions voire même des milliards à l’échelle de la planète. Le deuxième atout de cette échelle d’action, c’est son immédiateté. Alors que les prises de décisions peuvent prendre plusieurs mois ou années lorsqu’il s’agit des entreprises et du gouvernement, les citoyens lambdas peuvent agir tout de suite. Pas besoin de réunions, de rapports, de votes pour utiliser son pouvoir de consommateur. On dit souvent qu’on a deux cartes en main : la carte d’électeur et la carte de crédit.

Voici un petit aperçu d’actions que chacun·e de nous peut mettre en place dans sa vie :

  • Trier pour le recyclage systématiquement. On sait aujourd’hui que le système de recyclage français (et même mondial) ne fonctionne pas et que seule une infime partie des déchets est effectivement recyclés. Si les individus ne sont pas les principaux responsables, ils peuvent malgré tout améliorer le pourcentage de recyclage en triant au mieux « à la source ».
  • Éviter les produits à usage unique (pailles, couverts, cotons-tiges, gobelets, rasoirs, etc.). Il existe aujourd’hui de nombreuses alternatives durables, citons par exemple la marque française Lamazuna qui propose des produits durables pour remplacer ceux à usage unique. Pour la restaurant extérieur, il suffit de refuser ses produits ou d’apporter son propre contenant (c’est tout à fait faisable chez Starbucks et dans beaucoup d’autres endroits).
  • Privilégier les achats de produits en vrac et, si possible, locaux (le transport nécessite souvent des emballages supplémentaires). Il y a aujourd’hui du vrac un peu partout, dans les magasins bio et engagés, mais aussi dans beaucoup de grandes surfaces.
  • Donner une seconde vie aux produits plastiques (c’est ça, l’upcycling).
  • Sensibiliser ses amis, ses collègues et sa famille dès qu’on le peut.
  • Encourager sa commune, son entreprise, l’école de ses enfants à sensibiliser au sujet du plastique, puis mettre en place des actions. Citons l’exemple de la Clean Walk qui est une manière ludique et simple de prendre conscience de la pollution tout en ayant une efficacité immédiate.

Voici une sélection de ressources pour tendre vers le « zéro-déchet » :

En bref, il faut que toute la filière, des gouvernements aux consommateurs en passant par les entreprises, prenne ses responsabilités. Nos actes et nos choix ont un impact, alors agissons sans tarder et prenons du plaisir à le faire !

Liens pour tirer le fil et aller plus loin :


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