[RÉFLÉXIONS] La pollution plastique (1) : causes et problèmes

Le plastique est devenu omniprésent après la Seconde Guerre mondiale. Ce matériau a révolutionné la vie quotidienne dans de très nombreux secteurs, du bâtiment à l’automobile en passant par l’électronique, sans oublier l’alimentation.

Le plastique : un produit miracle

Léger, souple, facile à transformer, peu coûteux, isolant, etc. Avec ses nombreux avantages, pas étonnant que le plastique ait volée la vedette à tous les matériaux traditionnels (bois, acier, verre). Sa croissance a ainsi été exponentielle à l’échelle du monde entier, passant de 1 million de tonnes en 1950 à 396 millions de tonnes en 2016.

Quelques dizaines d’années auront pourtant suffi pour que cette matière miracle devienne un véritable fléau. Alors que sa production continue de croître, on retrouve aujourd’hui du plastique jusque dans les recoins les plus reculés de la planète. Parallèlement, on découvre ses effets délétères sur notre santé et notre environnement. Partons à la découverte de cette pollution plastique ainsi que des solutions qui permettrait de l’endiguer.

Mais au fait le plastique, c’est quoi ? C’est un ensemble de polymères, des grosses molécules issues de l’assemblage d’autres molécules plus petites, les monomères. Pour visualiser, on pourrait décrire ça comme un ensemble de colliers de perles, les colliers étant des polymères et les perles des monomères. Ce sont les propriétés et la taille de ces molécules qui donneront ses particularités au plastique : dur, mou, élastique, résistant, etc.

Le plastique est fabriqué à partir du pétrole brut qui, pour résumer, est chauffé à très haute température puis refroidie brutalement.

Une production qui devrait tripler d’ici 2050

Les chiffres concernant la production de plastiques sont hallucinants. En voici quelques uns :

L’essor de la production plastique au cours des cinquante dernières années ne se dément pas.

Avec l’occidentalisation des modes de vie et l’augmentation de la population, la production de plastique devrait même doubler dans les décennies à venir. Au rythme actuel, nous devrons faire face à plus de 25 milliards de tonnes de plastique en 2050 (soit trois fois plus qu’aujourd’hui). Il s’agit cependant d’un chiffre à prendre avec des pincettes, car les réglementations peuvent changer.

https://www.planetoscope.com/widget.php?id=989&f=4

Le mouvement Break Free From Plastic a mené pendant deux ans plus de 230 opérations de nettoyage de plastique à travers 42 pays. Ces déchets ont été analysés et les résultats, publiés par Greenpeace, sont éloquents. En tête du classement des déchets les plus retrouvés, on retrouve trois multinationales :

  • Coca-Cola
  • PepsiCo
  • Nestlé

Ces trois entreprises représentent à elles seules près de 14% des déchets retrouvés. Le prix spécial du jury revient d’ailleurs à Coca-Cola présent dans 40 des 42 pays couverts par l’étude. Juste derrière arrivent Danone, Mondelez International, Procter & Gamble ou encore Unilever. Rien d’étonnant quand on sait que les emballages représentent la moitié des déchets plastiques dans le monde.

Entreprises dont les produits ont été identifiés le plus souvent dans les déchets ramassés par Break Free From Plastic à travers le monde

Le mythe du recyclage

Que deviennent ces millions de tonnes de plastique produites ? La moitié du plastique du monde est utilisée pour faire des emballages. Gobelets, couverts, barquettes, film alimentaire, bouteilles : une grande partie est jetée très rapidement à peine après la première utilisation. En tout, on jette l’équivalent de notre poids en plastique : 68 kg/an en France (contre 40 kg/an au niveau mondial).

La partie la plus importante de ces plastiques usagés se retrouve dans notre environnement ou des stations d’enfouissements. Une plus faible partie est incinérée pour être transformée en énergie, tout en dégageant des composés volatils et des résidus solides toxiques dont on ne sait que faire. Et le recyclage dans tout ça ? Accrochez-vous, car selon Nathalie Gontard, chercheuse à l’INRA, seulement 14% des plastiques usagés sont collectés pour être recyclés.

Vous trouvez que c’est peu ? Attendez de lire la suite. Sur ces 14% qui sont collectés pour être recyclés :

  • 4% sont perdus en cours de processus.
  • 8% sont recyclés en circuit ouvert, c’est-à-dire pour faire un autre objet (par exemple, une bouteille une plastique devient un pull, qui une fois usé ne sera plus recyclable).
  • 2% à peine des plastiques usagés sont donc recyclés en circuit fermé, pour produire un matériau utilisable comme un plastique neuf.
Devenir des déchets plastique produits depuis 1950 (source : Le Monde)

Pourquoi recycle-t-on si peu ? Selon l’organisme de recyclage Citéo (né de la fusion d’Eco-Emballages et Ecofolio), on ne sait pas recycler la moitié des emballages plastiques.

En cause, une grande variété de matières plastiques qui sont souvent incompatibles entre elles du point de vue des structures chimiques. Par exemple, un pot de yaourt est composé de 7 à 9 matières. Or, aujourd’hui, les technologies de tri industrielles ne permettent pas de séparer les différents types de matières plastiques. Enfin, les plastiques sont très souvent traités chimiquement, ce qui empêchent de les utiliser pour faire de nouveaux produits (notamment pour l’alimentation).

On ne sait pas recycler la moitié des emballages plastique (Source : Citéo)

Pour l’anecdote, l’organisme de recyclage Eco-Emballage devait atteindre 75% de recyclage (l’incinération compte dans le terme « recyclage ») en 2012. Aujourd’hui, en 2019, Citéo est à peine à 70%. Une partie de l’explication se trouve sûrement dans le fait que cette société à but non-lucratif est financée par des industriels de l’emballage. Un conflit d’intérêt qui se traduit par le fait que le patron de Citéo tient un discours pro-plastique (recyclable) plutôt que d’encourager l’utilisation d’autres matériaux comme le verre ou le carton. Un sujet à découvrir sur France Inter : « Plastique : Citéo et le mythe du tout-recyclage ».

Revenons à l’étude de Break Free From Plastic. Celle-ci montrait également que sur les 187 000 pièces de plastiques ramassées à travers le monde, 100 000 étaient des plastiques difficiles, voire impossibles, à recycler dans la grande majorité des pays. C’est le cas du polystyrene (PS), du polycinyl chloride (PVC), des films plastiques à couche simple (SL) et des films multi-couches (appelés « Other » dans le tableau ci-dessous).

Tableau récapitulatif des types de plastiques ramassés par Break Free From Plastic

L’Asie : la poubelle du monde

On en n’a pas terminé avec les nouvelles à tomber par terre. Dans la catégorie « informations hallucinantes » il y a aussi celle-ci : une partie des déchets mis dans les poubelles vertes/jaunes par les Américains, Canadiens et Européens finit….en Asie ! En effet, la Chine a pendant longtemps importé des milliers de tonnes de plastique. Par exemple, 87% du plastique recyclé de l’Union européenne était exporté là-bas. La Chine était le seul pays à avoir certaines filières de recyclages ainsi qu’un gros marché de production où réinvestir cette matière derrière. Mais depuis juillet 2017, le gouvernement chinois a décidé de ne plus être « la poubelle du monde« . Ils ont ainsi renforcé les contrôles de qualité des matériaux importés et ont informé l’OMS qu’ils interdiraient désormais de nombreuses catégories de déchets recyclables.

La pollution plastique est devenue un véritable fléau en Malaisie (source : Plastic Pollution Coalition)

Que faire maintenant que le principal marché pour recueillir les plastiques recyclés du monde entier vient de se fermer ? Traiter le problème du plastique à sa source ? Créer de nouvelles filières de traitement aux États-Unis et en Europe ? Et non ! Les pays développés n’ont visiblement pas tiré les leçons des mesures prises par la Chine et ont décidé d’envoyer leurs déchets dans d’autres pays d’Asie du Sud (Malaisie, Philippines, Indonésie) aux législations moins strictes comme le montre ce reportage de Konbini :

« Ni l’Indonésie, ni la Thaïlande ou la Malaisie n’ont de solution technique miraculeuse à leur disposition pour faire mieux. Ce sont en revanche des États aux législations environnementales peu exigeantes. Leurs populations pauvres ont du mal à faire valoir leur droit à un environnement sain ou à refuser de travailler dans les décharges qui depuis 2018 ont surgi dans ces trois pays. Ces activités existaient avant le retrait chinois mais elles ont depuis pris une toute autre dimension. »

« Recyclés ? Non, nos déchets plastiques inondent l’Asie du Sud-Est » – Asialyst

Les microplastiques et le 7ème continent

Les effets néfastes des plastiques sur la faune, notamment marine, sont bien connus. Blessures, infections, mutilations…nous avons tous déjà vu des animaux confondre un sac plastique avec leur nourriture, s’étouffer avec une paille en plastique ou encore s’emmêler dans un de nos nombreux emballages alimentaires.

Un albatros retrouvé mort avec l’estomac rempli de plastique sur l’atoll américain de Midway, dans l’océan Pacifique en novembre 2014 (Source : Dan Clark/USFWS / AP)

Ce que l’on connaît moins en revanche, ce sont les des microplastiques, ces particules de plastiques inférieures à 5mm. On en distingue deux types : les primaires et les secondaires. Les microplastiques primaires sont microscopiques dès le départ. On les retrouve notamment dans l’industrie cosmétique où ils sont intégrés à de nombreux produits : gommages, crèmes de soin, spray pour les cheveux, bains moussants, dentifrices, etc. Les particules dites secondaires sont formées par la dégradation de morceaux de plastique plus grands (sac, emballages, bouteilles, etc.) sous l’effet du soleil et de la friction mécanique.

Ces microplastiques finissent dans la nature, mais ne sont pas biodégradable. Ils ne disparaissent pas, mais s’accumulent dans tous les endroits de la planète : dans les océans, sur les littoraux, mais aussi au sommet des montagnes ou dans la banquise de l’Arctique.

Notons que plus d’un tiers des microplastiques présents dans les mers proviennent de textiles synthétiques. Nos vêtements contiennent en effet presque tous du plastique qui se détache lors des lavages ou de leur utilisation.

Tous ces microplastiques se retrouvent donc dans les océans et forme ce qu’on appelle le « 7ème continent de plastique« . Celui-ci, décrit comme une immense zone de déchets flottant vers le nord du Pacifique, fait près de six fois la France. Or, il ne s’agit pas vraiment d’un amas de déchet très visuel comme on l’imagine, mais plutôt d’une « soupe de plastique » constituée de ces microdéchets.

Il s’agit plutôt d’une multitude de micro-plastiques, d’un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu’à 30 mètres de profondeur, difficiles à voir de loin. Mais quand on puise dans l’eau, on en remonte une quantité impressionnante. » 

Isabelle Taupier-Letage, chef scientifique de l’expédition Tara Océans

Une pollution quasi-invisible qu’on retrouve dans plusieurs endroits de la planète, là où les courants marins se rencontrent et forment ce qu’on appelle des « gyres océaniques » (sortes de vortex).

D’immenses plaques de déchets flottent sur tous les océans du monde (source : Le Monde)

« Les nombreux fragments de plastique ingérés par les animaux ne leur laissent plus de place dans l’estomac pour manger. Ils meurent alors le ventre vide. »

François Chartier, chargé de campagne « océan » de Greenpeace

Vous reprendrez bien un peu de plastique ?

Ces microplastiques ne sont pas seulement problématiques pour les animaux : ils se retrouvent également dans nos assiettes…et donc dans nos corps.

« On s’empoisonne nous-même »

Patricia Jolly dans la vidéo-documentaire « Contaminations : nous avons navigué sur l’océan de plastique »

Dans les fruits de mer. Des chercheurs de l’université de Gand ont dévoilé que les amateurs de fruits de mer ingéraient entre 2000 et 11000 fragments de plastique chaque année. Les organismes filtreurs, comme les moules ou les huîtres, sont contaminés par les microplastiques.

Dans le sel. Des chercheurs de l’université Putra Malaysia ont analysé 17 marques de sel marin ou de lac issues de 8 pays différents. Résultat ? Seule une marque ne contient pas de microplastiques.

“Je pense que la pollution par les plastiques est de nature à éradiquer toute vie sur la planète. C’est le grand méchant loup du XXIe siècle! »

Abolfazl Golieskardi, chercheur de l’université Putra Malaysia

Des microplastiques ont été découverts chez 114 espèces aquatiques, dont une bonne partie finit dans nos assiettes. De premières expériences montrent que ces microplastiques sont néfastes pour les poissons, mais aussi les tortues ou les oiseaux. Ils modifient leur comportement alimentaire entraînant des problèmes de croissance et de reproduction, quand ce n’est pas la mort. Les scientifiques ne savent cependant pas encore ce qu’il en est pour l’être humain.

De jeunes poissons, et notamment un jeune mahi-mahi (au centre), nagent au milieu de débris tels que des gants en caoutchouc et des éclats de plastique. (Source : David Liittscwager)

Sources de l’article et liens pour tirer le fil et aller plus loin :


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