[LIVRE] Mes bien chères soeurs – Chloé Delaume

Chloé Delaume s’appelle en réalité Nathalie Dalain. Pour créer ce pseudo, elle s’est inspirée de Chloé, l’héroïne de Boris Vian dans L’écume des jours. Quant au patronyme Delaume, il vient de L’Arve et l’Aume d’Anthonin Artaud.

Son écriture, sa pensée et ses combats sont profondément marqués par un évènement traumatique qu’elle a vécu à 10 ans : un uxoricide. Son père tue sa mère, puis se suicide. Qu’on n’aille surtout pas appeler ça un crime passionnel (ou d’amour passionnel), car il n’y a ni amour ni passion dans le fait de tuer quelqu’un. Chloé Delaume tient à ce qu’on utilise les termes justes pour désigner les choses.

Uxoricide (n. masculin) : Meurtre de sa propre femme.

Cette année, Chloé Delaume a sorti Mes bien chères soeurs. Il s’agit d’un livre relativement court (environ 130 pages), féministe et incisif, dont le style n’est pas sans rappeler, parfois, King Kong Theory de Virginie Despentes. L’écriture de Chloé Delaume est poétique et originale, faite de phrases brèves et de répliques coup de poing. En parcourant le livre on a envie de tout surligner tant de nombreux passages sont criants de vérité.

Et l’histoire dans tout ça ? Ce livre n’est pas un roman, c’est un essai. Un essai écrit à la première personne dans lequel l’autrice nous parle de l’histoire du féminisme et notamment du virage historique que vient de prendre le mouvement avec l’affaire Weinstein et MeToo. Elle nous raconte le féminisme 2.0, ce combat qui se mène sur les réseaux sociaux et qui est porteur de tant d’espoir.

« Internet a libéré la femme là où Moulinex a échoué »

Mes bien chères soeurs – Chloé Delaume

Parce que MeToo, ce sont avant tout des femmes qui se sont fait confiance, se sont soutenues. C’est le retour de la solidarité entre femmes, la fameuse sororité.

« Nous sommes des femmes indépendantes, conscientes que l’ennemi est commun. Mais désunies, parce que rivales. Jusqu’à ce que déferle la vague aux milliers d’amies inconnues. »

Mes bien chères soeurs – Chloé Delaume

Avec cet essai profondément optimiste, Chloé Delaume veut encourager ses lectrices à s’engager, à construire sur les bases posées par MeToo. Elle milite pour que les femmes fassent de la sororité un outil. Mieux, une arme. Que cette solidarité qu’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux le temps d’un hashtag se transforme en tendance de fond. Qu’elle devienne une valeur profondément ancrée en chacune de nous.

« En dépit de toutes nos positions personnelles, de nos parcours individuels, nous partageons le fait d’être pensées par le monde des mâles alpha. Nous partageons le fait d’être perçues comme femmes et d’être traitées comme telles. »

Mes bien chères soeurs – Chloé Delaume

Le dernier chapitre du livre s’intitule « Badaboum Manifesto (propositions d’actions concrètes et agréables)« , voici quelques idées qui y sont développées :

  • Dire « badaboum ! » à la moindre saillie sexiste. « À partir de deux joueuses. Peut se pratiquer partout », précise l’autrice.
  • « Faire le deuil du bitchage et des guerres clandestines ». C’est vrai ça, arrêtons de nous taper dessus les unes les autres, la société le fait déjà bien assez.
  • Arrêter d’employer le terme connasse, « même si on le pense très fort ».
  • Appliquer à soi-même le test de Bedchel.

L’occasion de conclure cet article en partageant deux notions féministes apprises au cours de ce livre.

Le test de Bedchel : un test qui vise à mettre en évidence l’éventuelle sur-représentation des protagonistes masculins dans une oeuvre de fiction. Il repose sur trois critères :

  1. Il doit y avoir au moins deux femmes nommées dans l’oeuvre.
  2. Elles doivent parler ensemble.
  3. Parler de quelque chose qui est sans rapport avec un homme.

Si l’oeuvre vérifie ces trois points, le test est réussi. Sinon, l’oeuvre souffre du syndrome de la Schtroumpfette (ou principe de la Schtroumpfette). Celui-ci correspond à une tendance qu’ont les oeuvres de fiction à ne comprendre que peu de personnages féminins (souvent un seul) parmi un ensemble de personnages masculins…et ce bien que la moitié de l’humanité soit composée de femmes.

Pour tirer le fil et aller plus loin :


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