[RÉFLEXIONS] La Politique Agricole Commune

Le week-end du 25 et 26 mai 2019, c’est les élections européennes. Généralement, tout le monde s’en moque. On préfère aller boire un verre en terrasse en se disant que c’est sans importance, que l’Europe de toute façon, ça ne sert à rien. Et pourtant ! L’une des plus grosses politiques de l’Europe (40% du budget), c’est la Politique Agricole Commune (PAC). Autrement dit, le texte de loi qui régit toutes les aides agricoles au niveau européen. Alors à tous ceux qui pensent que « c’est pas à nous de changer, c’est aux politiques« , cet article va vous permettre de comprendre à quel point il est important de militer pour une autre PAC si on veut que les choses bougent à cette échelle.

La PAC pour les nuls

Un petit point d’histoire est indispensable pour comprendre de quoi il s’agit. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est ruinée, la majorité des cheptels ont été détruits, les capacités de production sont limitées, les pénuries alimentaires sont monnaie courante. Bref, l’Europe a faim. En 1962, l’Union européenne met en place la PAC pour nourrir sa population. Cette politique soutient la production agricole massive en encourageant la modernisation, la mécanisation et l’intensification de l’agriculture. Une action qui était, à cette époque, pleine de bon sens.

…mais après ? PAC a évolué pour tenter de s’adapter au contexte international et à une Europe en mutation constante. Pour faire simple et rapide, on peut découper ça en trois grandes périodes :

1962 – 1992 : stimuler la production

L’objectif de la PAC est simple : soutenir la production agricole et stabiliser les prix. Pour ça, elle garantit notamment un prix minimal de rachat au producteur. Autrement dit, quand les prix chutent, l’Europe achète la production à ce prix garanti puis se charge de la stocker et la transformer (lait en beurre). Elle la revend ensuite si les prix augmentent, ou la détruit. Assurés de vendre à prix garanti, les agriculteurs européens sont incités à produire au maximum et à se moderniser. C’est tellement efficace que les objectifs de la PAC sont atteints en un rien de temps.

Trop efficace ? Peut-être, car dans les années 70, l’offre devient supérieure à la demande pour de nombreux produits. L’UE met en place des quotas laitiers, mais les stocks ne cessent d’augmenter et le budget de la PAC explose (et oui, ça coûte cher de stocker). Cerise sur le gâteau de l’échec, la communauté internationale accuse l’UE de protectionnisme et crie à la concurrence déloyale.

1992 – 2003 : répondre aux pressions internationales

L’UE réforme la PAC face aux pressions internationales : les prix garantis sont diminués et compensés par une aide versée directement au producteur en fonction de sa surface et du type de production. En 1999, les prix garantis baissent de nouveau et les aides directes augmentent. Ces aides encouragent l’agriculture intensive.

« Pourquoi ? Parce que plus t’as de terrain, plus on te file de thunes. Et quand t’as beaucoup de terrain le plus simple c’est monoculture, pesticides et gros tracteur de bonhomme sa mère ! »

Nicolas Meyrieux dans sa vidéo « Pour une autre PAC« 

En soutenant une agricole qui détruit la biodiversité, les petits paysans, la santé et les sols, autant dire que la PAC n’est plus aussi populaire qu’à ses débuts. C’est alors qu’émerge des notions de développement rural qui seront intégrées à la PAC en 1999.

2003 – 2013 : « découplage » des aides

Les aides sont « découplées ». Pour le dire simplement, elles sont désormais indépendantes du type de production et s’appellent des « droits de paiements uniques » (DPU). En gros, l’exploitant touche la même aide à l’hectare quoi qu’il produise.

2014-2020 : …c’est tout ?

La dernière réforme en date a mis fin à ce type d’aides basées sur des références archaïques. Les DPU font place aux « droits à paiement de base » toujours versés à l’hectare, mais sur des critères apparemment être plus justes et limiter les disparités entre agriculteurs. Les aides sont sensées être plus « vertes », mais cette réforme peine à convaincre.

2020 et après

Malgré de nombreuses réformes, la PAC n’a pas su répondre aux grands enjeux humains et environnementaux de ces dernières années. Preuve en est, malgré un budget de 50 milliards/an (dont 9 milliards rien que pour la France), la biodiversité est en chute libre, des milliers de fermes ont disparues, les suicides d’agriculteurs sont toujours aussi nombreux et un tiers des paysans français vit avec moins de 350 €/mois.

Une PAC plus verte seulement en apparence (dessin de Gab)

Pourquoi agir pour une autre PAC ?

La PAC, qu’est-ce-que j’en ai à faire ?

La PAC on croit qu’on s’en moque quand on n’est pas agriculteur·rice·s, alors qu’en fait ça touche tous les gens qui mangent, votent, paient des impôts ou se promènent (pour ne pas dire tout le monde).

À travers l’orientation de ses subventions, la PAC peut favoriser certains types d’agricultures et de pratiques agricoles. Aujourd’hui, c’est l’agriculture industrielle, mais si demain c’était l’agro-écologie ? Si la PAC encourageait les agriculteurs avoir des pratiques bénéfiques pour l’environnement, la santé des consommateurs, le bien-être des animaux ? Ça serait bien, non ?

Parce que si on résume, la PAC a une influence sur plein de domaines différents : alimentation, santé publique, environnement, paysage, place des paysan·ne·s dans la société, bien-être animal, prix des aliments, etc.

Avec la PAC, c’est NOTRE argent qui est investi dans un modèle dépassé mauvais pour la santé et pour l’environnement. Ce n’est pas normal et on a le devoir d’agir pour que cette politique aille dans le « bon » sens.

Faire changer les choses

En ce moment, l’Europe est en train de négocier la nouvelle réforme de la PAC qui sera appliquée après 2020. C’est le moment ou jamais d’agir. Face à des politiciens appâtés par les lobbies et la notion de croissance, le collectif « Pour une autre PAC » milite pour une PAC juste, bonne pour la santé et respectueuse de la planète. Une PAC qui prendrait en compte les enjeux actuels en conciliant les objectifs suivants :

  • Valorisation du métier de paysan·ne
  • Durabilité de l’agriculture
  • Souveraineté alimentaire
  • Respect du bien‐être animal
  • Dynamisme du tissu rural
  • Cohérence avec le développement des paysan·ne·s du Sud
  • Lutte contre les changements climatiques

Les colibris qui souhaiteraient « faire leur part » peuvent en parler autour d’eux et sur les réseaux (en partageant la vidéo ci-dessous, par exemple) pour permettre à un maximum de personnes de comprendre les enjeux de cette politique, de sa réforme et des élections européennes. Il est aussi possible de contacter ses représentants (plus d’infos ici). Enfin, il est important d’orienter son vote aux élections européennes vers une liste à même de mener à bien cette transition vers une autre PAC.

Grâce à ce lien, il est possible de savoir la position de chaque parti vis-à-vis de la PAC (spoil : Europe Écologie Les Verts ont le projet le plus avancé dans la matière). Il est aussi possible d’aller faire un tour sur l’observatoire Europe Climat mis en place par le Réseau Action Climat. Il permet de voir si les députés français et le gouvernement tiennent les engagements de l’accord de Paris.

Cette vidéo de Nicolas Meyrieux est un incontournable pour résumer tout ça :

Pour tirer le fil et aller plus loin :


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