[RÉFLEXIONS] L’éco-féminisme

Il y a quelques temps, on parlait du livre de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes. De références en liens, en tirant le fil, cette lecture m’a amené à découvrir un terme : éco-féminisme.

Illustration de @merakilabbe

Il vient de la contraction de « écologie » et « féminisme » (combo de choc !). C’est un courant de pensée qui interroge le lien entre destruction de la nature et oppression des femmes. Les éco-féministes remettent en cause les dualismes élaborés par la modernité (et par le « patriarcat capitaliste ») comme :

  • Humains > Nature
  • Masculin > Féminin

Il est là le lien avec les « sorcières ». Ces dernières ont été éradiquées car elles étaient des femmes puissantes avec une forte connaissance de la nature et de la fertilité des autres femmes (elles étaient infirmières, accoucheuses et pratiquaient aussi les avortements). Les meurtres de ces femmes correspondent justement à une période d’expropriation des terres et de privatisation des ressources naturelles (bois, pâturages, etc.).

« Mieux comprendre la « transition vers le capitalisme », c’est aussi mieux saisir la « misogynie qui imprègne toujours les pratiques institutionnelles et les rapports hommes-femmes », écrit Silvia Frederici. C’est réaliser comment l’association des femmes et de la nature a été utilisée pour les dévaloriser toutes les deux, schéma qui perdure. »

Et si les sorcières renaissaient de leurs cendres ? – Télérama

Ce ne sont pas des postulats, mais des réflexions qui ont été nourries pendant de nombreuses années. Le mouvement a en effet plus de 30 ans, mais est plus que jamais d’actualité.

Un peu d’histoire…

Les racines du mouvement datent de la fin des années 70, début des années 80, au moment des mouvements anti-nucléaires aux États-Unis. Des femmes se mobilisent alors, comme lors du Women’s Pentagon Action en 1980. Ce mouvement rassemble des militantes issues des milieux pacifistes, du féminisme et des organisations écologistes.

Parmi les mobilisations emblématiques qui relèvent de l’imaginaire éco-féministe, il y a aussi le mouvement Chipko (« enlacer ») qui a lieu en Inde entre 1973 et 1980. Des femmes, ainsi que quelques hommes, se sont regroupées pour empêcher l’exploitation commerciale des forêts et lutter contre la déforestation.

Vandana Shiva est devenue une porte-parole de ce mouvement. Cette activiste et écrivaine indienne est aujourd’hui une figure éco-féministe. Elle est notamment connue pour son combat pour une agriculture traditionnelle et bio ainsi que pour son engagement contre la brevetabilité du vivant et les OGM.

On citera aussi le mouvement Green Belt qui a lieu au Kenya depuis 1977. Il a été fondé par l’éco-féministe et biologiste Wangari Maathai, prix Nobel de la paix en 2004. La déforestation a un fort impact sur les femmes kenyanes, traditionnellement chargées de collecter le bois pour nourrir le foyer. Wangari Maathai a lancé un programme pour faire planter des arbres autour des villages en travaillant notamment avec les populations de femmes rurales.

Aujourd’hui

L’éco-féminisme est une notion très actuelle, notamment si on regarde qui sont les nouveaux visages des mouvements écolo de ces derniers mois (marches et grèves pour le climat) : Greta Thunberg (suédoise), Anuna De Wever (belge) et Luisa Neubauer (allemande).

« Encore aujourd’hui, les mouvements de justice environnementale sont majoritairement féminins. »

Émilie Hache

C’est un mouvement porteur d’espoir, un rayon de soleil dans cette époque anxiogène. Il permet d’envisager de nouvelles formes d’organisation et des alternatives à l’effondrement dont on parle si souvent. Pour les éco-féministes un autre monde est possible, plus égalitaire et en lien avec la nature.

« La plupart des actions directes écoféministes visent à subvertir et à résister aux institutions politiques, aux structures économiques ainsi qu’aux activités quotidiennes qui vont à l’encontre des intérêts de la vie sur Terre. Une grande partie de l’écoféminisme théorique et académique cherche à identifier, critiquer et vaincre les cadres idéologiques et les modes de pensée dualiste et hiérarchique des valeurs qui approuvent la dégradation écologique et l’oppression des femmes. Plus encore, l’écoféminisme vise à produire des formes différentes, non dominantes, d’organisation sociale et d’interaction entre la nature et l’humain. »


Elizabeth Carlassare

Pour tirer le fil et aller plus loin :


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